Leishmaniose du chien : prévention, symptômes, zones à risque

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En bref, actualisé en juillet 2026. La leishmaniose est une maladie grave transmise au chien par la piqûre d’un moucheron, le phlébotome, surtout dans le sud de la France et sur le pourtour méditerranéen. Elle ne se guérit pas complètement, mais se prévient bien : collier ou pipette anti-phlébotome pendant la saison chaude, vaccin possible, et vigilance en cas de voyage dans le Sud. Une perte de poids, des lésions de peau autour des yeux ou des griffes qui poussent trop doivent conduire chez le vétérinaire. Elle n’est pas contagieuse par simple contact, ni entre chiens ni vers l’humain.

Un chien qui passe huit jours en août sur la Côte d’Azur peut ne montrer aucun signe avant l’hiver suivant. C’est tout le piège de la leishmaniose : entre la piqûre du phlébotome qui la transmet et les premiers symptômes, il s’écoule souvent des mois, parfois des années. De quoi égarer même les propriétaires du Nord, persuadés d’être hors de danger.

La maladie est grave, mais elle fait partie des plus évitables : un collier ou une pipette anti-phlébotome pendant la saison chaude, un vaccin possible, et le risque chute. Ce qui suit s’appuie sur le consensus 2025 de la World Association for Veterinary Dermatology et sur les recommandations d’ESCCAP France.

Une maladie transmise par un moucheron, le phlébotome

La leishmaniose canine est due à un parasite microscopique, Leishmania infantum. On ne l’attrape pas par contact direct : ni en caressant un chien, ni d’un chien à l’autre par simple cohabitation. Des voies secondaires existent mais restent rares (de la mère aux chiots pendant la gestation, transfusion sanguine). Le seul vecteur courant est un tout petit diptère, le phlébotome, qui s’infecte en piquant un animal porteur puis inocule le parasite à sa victime suivante.

En France, deux espèces transmettent la maladie : Phlebotomus perniciosus, présent du semi-aride au sub-humide, et P. ariasi, plutôt dans les zones fraîches et humides. Le phlébotome est actif à la belle saison, du crépuscule à l’aube, d’avril à la fin novembre (recommandations ESCCAP France). Le chien est le réservoir principal du parasite : la maladie est une zoonose, mais l’humain se contamine par le même moucheron, pas par son chien. Le risque humain concerne surtout les personnes très immunodéprimées.

À retenir. En pratique, le phlébotome est le seul vecteur qui compte : toute la prévention consiste à empêcher ce moucheron de piquer votre chien pendant la saison chaude. Les rares cas sans phlébotome (gestation, transfusion) expliquent les infections observées hors zone méditerranéenne.

Où est le risque en France ?

Le foyer historique, c’est le pourtour méditerranéen : Provence-Alpes-Côte d’Azur, Corse, Occitanie, Pyrénées-Orientales, Gard, Hérault, Ardèche, Cévennes. Mais la zone d’endémie s’étend. Elle couvre 29 départements en 2017 (dernière cartographie nationale), contre 26 en 2011 et 18 en 1986, avec une progression vers le nord et vers l’ouest, portée par le réchauffement climatique et les déplacements d’animaux (ESCCAP France, MSD Santé Animale).

L’ampleur n’est pas anecdotique : la maladie touche un nombre important de chiens dans le sud, avec une incidence en hausse ces dernières années (les estimations à l’échelle nationale varient beaucoup selon les sources et les méthodes). Et le risque ne concerne pas que les chiens du Sud : un chien qui vit dans le Nord mais passe une semaine de vacances en août sur la Côte d’Azur peut être piqué (pensez aussi à le protéger de la chaleur en été). Avant tout séjour estival dans une zone à risque, la protection anti-phlébotome doit être en place.

Les symptômes qui doivent alerter

La leishmaniose est une maladie lente. Entre la piqûre et les premiers signes, l’incubation dure souvent plusieurs mois, parfois des années. Certains chiens infectés restent longtemps sans symptôme. Quand la maladie se déclare, elle touche la peau, l’état général, puis les organes.

TypeSignes à surveiller
Peau et griffesPerte de poils autour des yeux et sur le chanfrein, pellicules (squames), croûtes et ulcères, griffes anormalement longues et incurvées (onychogryphose)
État généralAmaigrissement malgré un appétit conservé, fonte musculaire, fatigue, ganglions gonflés, saignements de nez (épistaxis)
Formes gravesAtteinte des reins (la première cause de mortalité), lésions oculaires, boiteries
Signes fréquemment rapportés dans la littérature vétérinaire (MSD Vet Manual, WAVD 2025). Aucun n’est à lui seul spécifique : seul le vétérinaire confirme.

Les lésions cutanées sont de loin les plus fréquentes : elles concernent 56 à 90 % des chiens malades, la dermatite avec squames en tête (consensus WAVD 2025). L’onychogryphose (griffes trop longues) touche environ un chien sur deux.

Le point le plus dangereux est rénal : l’atteinte des reins évolue à bas bruit et conditionne le pronostic. C’est pourquoi un chien du Sud qui maigrit sans raison, développe des lésions de peau ou des griffes qui poussent trop mérite un examen vétérinaire sans tarder.

Comment le vétérinaire pose le diagnostic

On ne diagnostique pas une leishmaniose à l’œil. Le vétérinaire s’appuie sur les signes cliniques et sur des examens de laboratoire : sérologie quantitative (dosage des anticorps anti-Leishmania par IFI ou ELISA), PCR et parfois cytologie d’un ganglion ou de la moelle. Un bilan rénal accompagne le diagnostic, car il oriente le traitement et le pronostic. Si vous suspectez la maladie, ce sont ces examens qu’il faut demander, pas un simple coup d’œil.

Le traitement : maîtriser plutôt que guérir

On ne débarrasse pas le chien du parasite. Le traitement vise à faire disparaître les symptômes et à contrôler la maladie sur la durée, pas à guérir au sens parasitologique. Beaucoup de chiens bien suivis vivent des années avec une bonne qualité de vie.

Les protocoles de première intention associent un antileishmanien (antimoniate de méglumine ou miltefosine) à l’allopurinol, poursuivi au long cours (WAVD 2025, LeishVet). La surveillance rénale est centrale : l’antimoniate de méglumine peut être toxique pour le rein, et les paramètres sont recontrôlés dans les jours qui suivent le début du traitement. Le pronostic dépend du stade au diagnostic, surtout de l’état des reins. Tout cela relève d’une prise en charge vétérinaire : cet article ne remplace pas une consultation.

Prévention : comment protéger son chien

C’est là que se joue presque tout. La prévention repose sur deux piliers complémentaires.

1. Empêcher les piqûres de phlébotome (indispensable). C’est la base. Deux moyens ont une autorisation contre la leishmaniose : le collier à la deltaméthrine (type Scalibor, 12 mois de protection contre les phlébotomes selon son RCP, efficacité répulsive de 94 à 98 %, à poser une semaine avant l’exposition) et les pipettes à la perméthrine ou pyréthrinoïdes, à renouveler toutes les 3 à 4 semaines, avec le même réflexe que contre les tiques et les puces (la durée exacte des pipettes dépend du produit). Le consensus WAVD 2025 recommande aussi, en complément, des comprimés isoxazolines (afoxolaner, fluralaner…), qui tuent le phlébotome après la piqûre. On y ajoute des gestes simples pendant la saison chaude : rentrer le chien la nuit, éviter les sorties au crépuscule, poser des moustiquaires fines aux ouvertures.

Attention si vous avez un chat. Les produits à la perméthrine et aux pyréthrinoïdes destinés au chien sont très toxiques, parfois mortels, pour le chat. N’en appliquez jamais sur un chat, et tenez le chat à l’écart du chien fraîchement traité jusqu’au séchage complet. Le collier à la deltaméthrine et le vaccin, eux, ne posent pas ce problème.

2. Le vaccin (en complément, pas à la place). Un seul vaccin est aujourd’hui commercialisé en France, LetiFend (le CaniLeish de Virbac ayant été retiré du marché). Il se fait en une injection annuelle, avec une efficacité de l’ordre de 72 % annoncée par le laboratoire (le RCP validé par l’EMA retient surtout une nette réduction du risque de maladie clinique). Il s’adresse aux chiens sains, non infectés et de plus de six mois, un dépistage préalable étant recommandé. Point crucial souvent mal compris : le vaccin ne remplace pas la protection anti-phlébotome, il vient en plus. La décision de vacciner se prend avec le vétérinaire, selon la région et le mode de vie, et peut s’intégrer au calendrier vaccinal du chien.

La check-list du chien protégé (zone à risque ou voyage dans le Sud).
  • Collier deltaméthrine ou pipettes perméthrine à jour, dès avril et jusqu’aux premières fraîcheurs.
  • Chien rentré la nuit, sorties limitées au crépuscule en été.
  • Vaccination discutée avec le vétérinaire (après test sérologique).
  • Dépistage sérologique au retour d’un séjour prolongé en zone endémique.

Questions fréquentes sur la leishmaniose du chien

La leishmaniose du chien est-elle contagieuse pour l’humain ?

Pas par contact. C’est une zoonose, mais l’humain se contamine par la piqûre du même phlébotome, pas en caressant son chien. Le risque concerne surtout les personnes très immunodéprimées, et la meilleure protection reste, là encore, de limiter les piqûres.

Peut-on guérir un chien atteint de leishmaniose ?

On ne l’élimine pas totalement : le parasite persiste. En revanche, un traitement bien conduit fait disparaître les symptômes et permet à beaucoup de chiens de vivre des années avec une bonne qualité de vie. Le suivi vétérinaire, notamment rénal, est à vie.

Faut-il vacciner son chien contre la leishmaniose ?

Cela se discute avec le vétérinaire, surtout si vous vivez en zone à risque ou y voyagez chaque été. Le vaccin LetiFend est le seul disponible en France, en une injection annuelle chez un chien séronégatif.

Collier, pipette ou vaccin : que choisir ?

Ce n’est pas un choix, c’est une combinaison. La protection anti-phlébotome (collier deltaméthrine ou pipettes perméthrine) est le socle indispensable. Le vaccin s’ajoute par-dessus pour renforcer la défense du chien.

Je pars dans le sud avec mon chien, que faire ?

Mettez la protection anti-phlébotome en place avant le départ (collier posé plusieurs jours avant, ou pipette récente), rentrez le chien la nuit, et évitez les balades au crépuscule. Au retour d’un séjour prolongé, un dépistage sérologique se justifie.

Un chien peut-il mourir de la leishmaniose ?

Oui, surtout par atteinte rénale lorsque la maladie est diagnostiquée tard. C’est justement pourquoi la prévention et un diagnostic précoce changent tout : pris tôt et bien suivis, la plupart des chiens sont stabilisés durablement.

Sources

  • ESCCAP France : biologie du phlébotome, zones à risque, recommandations de prévention.
  • MSD Veterinary Manual : signes cliniques, diagnostic, traitement de la leishmaniose canine.
  • Saridomichelakis MN et coll. (2025), consensus de la World Association for Veterinary Dermatology sur le diagnostic, le traitement et la prévention de la leishmaniose canine, Veterinary Dermatology.
  • Agence européenne des médicaments (EMA) : résumé des caractéristiques du vaccin LetiFend.
  • MSD Santé Animale France : progression de la zone d’endémie et épidémiologie.