On reconnaît un dogue de Bordeaux à sa tête : la plus imposante du monde canin. Le standard FCI le formalise ainsi : chez le mâle, le périmètre céphalique correspond à peu près à la hauteur au garrot. Elle est plissée, avec ce regard bas qui lui donne un air perpétuellement soucieux. Le cinéma l’a rendu célèbre, mais la réalité du quotidien avec un chien de 50 à 65 kg est plus exigeante que l’image d’Épinal du gros nounours.
Cette fiche donne les chiffres officiels du standard, ce que dit vraiment la recherche sur sa longévité, et les dépistages à exiger avant d’acheter un chiot.
La fiche en un coup d’œil
Caractère : un colosse tranquille
Le dogue de Bordeaux n’est pas un chien nerveux. C’est même l’un des molosses les plus posés à la maison : il dort beaucoup, réclame peu, et suit son maître de pièce en pièce sans s’agiter. Son attachement est fort, parfois envahissant : il supporte mal d’être laissé seul de longues journées.
Sélectionné pour la garde et la dissuasion, il reste naturellement réservé avec les inconnus et sûr de lui sur son territoire. Il n’aboie pas pour rien, mais sa seule présence suffit à décourager. Avec les enfants de la famille, il est réputé patient : le vrai risque n’est pas l’agressivité, c’est le gabarit. Un chien de 60 kg qui se retourne renverse un enfant de trois ans sans la moindre intention.
Point souvent mal compris : sa docilité n’en fait pas un chien facile pour un premier maître. La difficulté ne vient pas de sa tête, elle vient de sa puissance physique. Un dogue mal éduqué qui décide de tirer en laisse est tout simplement ingérable.
Origines : un molosse français
Le dogue de Bordeaux descend des anciens dogues du Sud-Ouest, employés à la garde des propriétés, à la conduite du bétail et autrefois aux combats d’animaux. Le standard rappelle qu’il existait à l’origine plusieurs types, dits toulousain, parisien et bordelais, ce dernier ayant donné son nom à la race. C’est aujourd’hui l’une des plus anciennes races françaises encore présentes, et l’une des rares dont le nom porte une ville.
Sa notoriété internationale doit beaucoup au cinéma : c’est un dogue de Bordeaux qui tient le rôle du chien dans le film Turner et Hooch (1989), aux côtés de Tom Hanks. Beaucoup de gens connaissent la tête avant de connaître le nom de la race.
Santé et longévité : le point décisif
Le dogue de Bordeaux cumule plusieurs prédispositions documentées, cardiaques, articulaires, respiratoires et rénales, et sa longévité se situe en dessous de la moyenne canine. C’est la section à lire avant de s’engager.
Les prédispositions documentées chez la race sont nombreuses, et elles se cumulent :
Le poil court et fin ne demande qu’un brossage hebdomadaire, mais ses plis faciaux se nettoient et se sèchent régulièrement, sans quoi ils macèrent et s’infectent. Ses babines lui font baver, beaucoup : ce n’est pas un défaut, c’est la race.
Éducation et socialisation
Le dogue de Bordeaux apprend volontiers, à condition qu’on lui explique calmement. Il coopère pour faire plaisir, pas par soumission : la contrainte physique est à la fois inutile et contre-productive sur un chien de ce gabarit. Le renforcement positif donne de bien meilleurs résultats, avec de la constance et des séances courtes.
Deux chantiers sont prioritaires et se travaillent tôt, tant que le chiot pèse encore moins que vous :
- La marche en laisse. C’est le point non négociable. Un adulte qui tracte est incontrôlable, y compris pour un adulte sportif. Voyez notre guide de la marche en laisse détendue.
- La socialisation. Chien de garde par nature, il doit rencontrer beaucoup de monde, de chiens et de situations avant ses quatre mois, pour que sa réserve reste de la réserve et ne devienne pas de la méfiance.
Il apprend aussi à ne pas s’appuyer sur les gens, à ne pas sauter, et à se poser seul. Ces détails paraissent anodins sur un chiot de 12 kg : ils cessent de l’être à 55 kg.
Vie quotidienne : chaleur, effort, logement
Contrairement à ce qu’on imagine, ce n’est pas un chien qui réclame des heures de sport. Deux promenades tranquilles par jour et un peu de jeu suffisent largement à un adulte. Le piège est inverse : on en fait trop. Sa face courte et son poids l’essoufflent vite, et il ne sait pas s’arrêter quand il veut suivre son maître.
Pendant toute la croissance, on limite les escaliers, les sauts et les longues marches : les articulations d’un futur chien de 55 kg se construisent lentement. La vie en appartement reste possible pour un adulte calme, à condition d’avoir un ascenseur ou peu d’étages, mais l’espace au sol compte : il faut de la place pour se coucher.
Prix et budget réel
Comptez généralement de 1 200 à 2 000 € pour un chiot inscrit au LOF chez un éleveur qui dépiste, avec des variations selon les lignées et la région. Ce prix d’achat n’est pas le sujet principal.
Le vrai budget d’un dogue de Bordeaux, c’est l’entretien : une alimentation de qualité pour un chien de 55 kg, des traitements antiparasitaires dosés au poids, et surtout des frais vétérinaires supérieurs à la moyenne, puisque tout coûte plus cher sur un grand chien (anesthésie, médicaments, chirurgie). À titre indicatif, prévoyez de l’ordre de 90 à 150 € par mois d’alimentation de qualité pour un chien de 55 kg, 300 à 600 € par an de suivi vétérinaire courant, et une réserve pour les imprévus, qui sont plus probables que chez un chien moyen. Compte tenu des prédispositions de la race, une assurance santé se réfléchit sérieusement et se souscrit jeune : les affections déjà déclarées ne sont jamais prises en charge.
Dogue de Bordeaux ou un autre molosse ?
Beaucoup d’adoptants hésitent entre plusieurs grands chiens de garde. Voici ce qui distingue vraiment le dogue de Bordeaux de ses voisins les plus courants.
Avant d’adopter : les vérifications
- Demandez les résultats de dépistage officiels des parents pour les hanches et les coudes, documents à l’appui, pas une promesse orale.
- Demandez un suivi cardiaque des reproducteurs, échocardiographie à l’appui : c’est le point faible n°1 de la race.
- Demandez si l’élevage contrôle les urines de ses reproducteurs (rapport protéines/créatinine). Peu le font, et c’est justement ce qui distingue un élevage sérieux sur cette race.
- Regardez respirer les parents au repos. Des ronflements marqués, un essoufflement immédiat ou une face extrêmement écrasée sont des signaux d’alerte.
- Exigez les documents obligatoires : déclaration de naissance LOF (le pedigree définitif n’arrive qu’après confirmation du chien adulte), identification, attestation de cession et certificat vétérinaire. Le certificat d’engagement et de connaissance doit vous être remis au moins sept jours avant l’acquisition.
- Voyez la mère avec sa portée, dans son lieu de vie, et fuyez toute vente sans visite.
- Posez la question de la longévité des ascendants : un éleveur sérieux la connaît et en parle sans détour.
Questions fréquentes sur le dogue de Bordeaux
Le dogue de Bordeaux est-il dangereux ou catégorisé ?
Non pour un dogue de Bordeaux dont l’appartenance à la race est établie par ses documents LOF : il ne figure ni en 1re ni en 2e catégorie, et aucun permis de détention n’est exigé. La nuance concerne les chiens sans papiers. L’arrêté du 27 avril 1999 classe en 1re catégorie des chiens non inscrits à un livre généalogique et assimilables morphologiquement à certains types, dont le type Mastiff, décrit comme un molosse à corps massif et forte ossature. Un chien vendu comme « dogue de Bordeaux » sans justificatif peut donc, en pratique, devoir faire l’objet d’une détermination morphologique par un vétérinaire habilité. C’est une raison de plus d’exiger les documents. Voyez notre guide de la réglementation.
Combien de temps vit un dogue de Bordeaux ?
Moins longtemps que la moyenne des chiens. La plus large étude disponible (McMillan et coll., 2024, 584 734 chiens au Royaume-Uni) donne 11,1 ans pour la race, contre environ 12,7 ans pour l’ensemble des chiens de race. Les sources vétérinaires françaises citent 8 à 10 ans. Le chiffre de 5,5 ans que l’on lit souvent vient d’une étude de 2013 portant sur un très petit nombre de dogues : il signale une fragilité réelle, mais ne doit pas être pris pour une espérance de vie.
Est-il gentil avec les enfants ?
Il est réputé patient et très attaché à sa famille. Le risque tient à son gabarit plus qu’à son caractère : un chien de 55 kg bouscule involontairement un petit enfant. Supervision systématique, et apprentissage du « ne pas sauter » dès le plus jeune âge.
Le dogue de Bordeaux bave-t-il beaucoup ?
Oui, franchement. Ses babines tombantes retiennent la salive, qui part ensuite sur les murs, les vêtements et les invités, surtout après avoir bu ou dans la chaleur. C’est inhérent à la race, pas un problème à corriger.
Peut-il vivre en appartement ?
Oui pour un adulte, à condition d’avoir de la place au sol, peu d’étages ou un ascenseur, et deux sorties calmes par jour. Il dort énormément et s’agite peu à l’intérieur. Ce sont les escaliers et la chaleur, plus que la surface, qui posent problème.
Convient-il à un premier chien ?
Rarement. Son caractère est facile, mais son poids ne pardonne aucune lacune d’éducation, et son suivi de santé demande de l’anticipation et un budget. Pour une première adoption, mieux vaut un chien dont les erreurs de débutant restent rattrapables.
Sources
- Standard FCI n°116 (dogue de Bordeaux) : origine, classification, taille et poids, robe et masque.
- Programme VetCompass, Royal Veterinary College : longévité et santé des races géantes.
- Lavoué R et coll. (2015), « Characterization of Proteinuria in Dogue de Bordeaux Dogs, a Breed Predisposed to a Familial Glomerulonephropathy », PLoS One (texte intégral) : protéinurie chez 33 % des dogues cliniquement sains.
- UFAW, fiches sur la cardiomyopathie dilatée et la sténose aortique du dogue de Bordeaux.
- McMillan KM et coll. (2024), « Longevity of companion dog breeds: those at risk from early death », Scientific Reports (article) : 584 734 chiens, longévité par race.
- O’Neill DG et coll. (2013), « Longevity and mortality of owned dogs in England », The Veterinary Journal 198(3):638-643 : 5 095 décès, longévité médiane par race.
- Höllmer M et coll. (2008), « Aortic stenosis in the Dogue de Bordeaux », Journal of Small Animal Practice : 53 chiens, souffle d’éjection chez 72 %.
- McAulay G et coll. (2018), « Phenotypic description of cardiac findings in a population of Dogue de Bordeaux with an emphasis on atrial fibrillation », The Veterinary Journal 234:111-118 : 64 chiens adressés en cardiologie.
- Légifrance, arrêté du 27 avril 1999 : listes des chiens de 1re et 2e catégorie.